INFO ASSOCIATIVE : SAINT-BONNET-DE-MURE (Rhône) – Samedi 27 septembre 2025
Cérémonie commémorative du 65ᵉ anniversaire de « Gerboise Bleue »
Cet hommage, rendu en présence des autorités civiles et militaires, s’inscrit dans le cadre de la cérémonie commémorative du 65ᵉ anniversaire de « Gerboise Bleue », première expérimentation nucléaire française.
Il se veut à la fois flambeau du témoignage et affirmation du rôle du Mémorial National des Vétérans des Essais Nucléaires (M.N.V.E.N.) : non pas une simple association, mais un rassemblement d’hommes et de femmes porteurs de valeurs et de savoirs, témoins d’une époque où la France, en pleine guerre froide, posait les fondations de sa Force de dissuasion nucléaire, celle-là même qui demeure aujourd’hui, dans un contexte géopolitique tendu aux portes de l’Europe, un pilier essentiel de sa souveraineté.
Après avoir évoqué l’histoire de Gerboise Bleue dans le volet 1, permettez-moi de m’arrêter un instant sur un homme qui, à lui seul, incarne la mémoire vivante de cette épopée scientifique, militaire et humaine.
Cet homme, ici présent, se nomme Jean REBIFFÉ.
Il est aujourd’hui le doyen de nos adhérents.
Il participa, il y a soixante-cinq ans, à cette aventure hors du commun : la première expérimentation nucléaire française, Gerboise Bleue, menée dans le désert du Sahara.
À travers son visage et son parcours, c’est toute une génération de militaires et de civils que nous honorons.
Son témoignage nous rappelle que, derrière la grande Histoire, avec ses dates et ses chiffres, il y a des vies humaines, des visages, des hommes et des femmes qui ont donné une part d’eux-mêmes pour que la France devienne une puissance respectée et indépendante.
Aujourd’hui, nous lui rendons hommage avec émotion et gratitude.
Car honorer ce vétéran, c’est honorer également les 150 000 autres compagnons de route de cette épopée nucléaire, qui ont écrit une page essentielle de la défense nationale.
Un hommage qui se veut-être le flambeau d’un témoignage et aussi, démontrer que le Mémorial National des Vétérans des Essais Nucléaires n’est pas qu’une simple association mais un rassemblement d’hommes et de femmes qui sont des sachants de valeurs du fait de ce qu’ils ont représenté au moment de la guerre froide pour permettre à la France de mettre au point la Force de Dissuasion Nucléaire et qui en cette période où la guerre est aux portes de l’Europe peut devenir une Force de Frappe conséquente.
Mesdames, Messieurs,
Après avoir évoqué l’histoire de Gerboise Bleue, permettez-moi de m’arrêter un instant sur un homme qui incarne à lui seul la mémoire vivante de cette épopée.
Cet homme ci-présent se dénomme Jean REBIFFÉ. Il est aujourd’hui le doyen de nos adhérents. Il participa il y a 65 ans, à cette aventure hors du commun : la première expérimentation nucléaire française, « Gerboise Bleue », dans le désert du Sahara.
À travers son visage et son parcours, c’est toute une génération de militaires et de civils que nous honorons.
Son témoignage nous rappelle que derrière la grande Histoire, avec ses dates et ses chiffres, il
y a des vies humaines, des visages, des hommes et des femmes qui ont donné une part d’eux-
mêmes pour que la France devienne une puissance respectée et indépendante.
Aujourd’hui, nous lui rendons hommage avec émotion et gratitude. Car honorer ce vétéran, c’est honorer aussi les 150 000 autres, compagnons de route de cette aventure nucléaire, qui ont écrit une page essentielle de la défense nationale.
Cher Jean,
Votre parcours illustre à lui seul ce que l’on appelle le sens du devoir et du service à la Nation.
Vous avez consacré votre vie, avec une fidélité exemplaire, à l’avancement de la science, de la défense et de l’intérêt général.
De Gerboise Bleue aux responsabilités que vous avez assumées dans la vie civile, vous avez toujours porté haut les valeurs de courage, d’engagement et de transmission.
Vos décorations : Chevalier de la Légion d’Honneur, Chevalier de l’Ordre National du Mérite ne sont pas de simples distinctions. Elles sont le reflet de vos mérites et du respect de la République envers l’un de ses serviteurs les plus fidèles.
Votre rôle comme ingénieur, élu local, conciliateur de justice, président d’associations de rayonnement national, atteste que vous n’avez cessé de servir la France sous toutes ses formes : militaire, scientifique, civique et citoyenne.
Nous n’oublierons pas non plus que vous avez été Ingénieur Conservatoire National des Artset Métiers- ICG- et Institut des Hautes Études de Défense Nationale.
Mais au-delà de vos titres et de vos responsabilités, ce que nous retenons aujourd’hui, c’est la part d’humanité et de courage que vous avez donnée à l’Histoire. Vous êtes l’un de ces pionniers qui, en 1960, ont permis à la France d’entrer dans le cercle des grandes puissances nucléaires.
Vous avez ainsi contribué à assurer à notre pays son indépendance stratégique et sa liberté de décision.
En vous rendant hommage, cher Jean, nous voulons rappeler à tous que les grandes pages de notre Histoire ne s’écrive jamais seules. Elles s’écrivent grâce à des femmes et des hommes de votre trempe, qui incarnent le courage, l’exemplarité et la fidélité.
J’ai l’immense honneur de porter à la connaissance de tous deux réalisations marquantes lors de votre passage à la Direction des Applications Militaires, bâtie pour l’une avec deux ex-Sahariens à savoir le Colonel LOUBET ex-patron du 621 ème Groupe des Armes Spéciales et le Colonel d’Artillerie Pierre BARRET, l’homme des reconnaissances dans le désert, les deux intégrés au CEA/DAM/CER
Ces deux réalisations, qui pourraient sembler techniques aux yeux du grand public, représentent en réalité des jalons essentiels dans la maîtrise et la sécurisation de l’arsenal nucléaire français.
Elles démontrent votre sens aigu de l’anticipation, votre rigueur scientifique et votre volonté inébranlable de protéger la Nation et ses citoyens, y compris face aux risques liés à la puissance des armes que vous aviez contribué à mettre au point.
Vous avez ainsi participé à poser les fondations d’une doctrine de sûreté et de sécurité nucléaire qui demeure, encore aujourd’hui, une référence.
Votre travail, en lien avec de grandes figures comme le professeur Pierre Pellerin ou les services du SGDN, témoigne de votre capacité à conjuguer compétence technique, sens de l’organisation et esprit de responsabilité.
Le physicien Jean TEILLAC (1920-1994). Chercheur à l’Institut du Radium, il passa sa thèse de doctorat en physique nucléaire sous la direction d’ Irène JOLIOT-CURIE. Successeur de Frédéric JOLIOT-CURIE, il dirigea de 1958 à 1976 la section Physique-Chimie de l’Institut Curie et devint professeur à la faculté des sciences de Paris. Il fut parallèlement directeur de l’Institut du radium dès 1959, ainsi que de l’Institut de physique nucléaire d’Orsay de 1959 à 1970. En 1970, l’Institut du radium et la Fondation Curie fusionnèrent pour donner naissance à l’Institut Curie. Il fonda en 1971 l’Institut national de physique nucléaire et de physique des particules du CNRS, qu’il dirigea jusqu’en 1975. Il devint alors haut-commissaire à l’énergie atomique, CEA, de 1975 à 1993.
Cher Jean, ce que nous célébrons à travers ces accomplissements, ce n’est pas seulement l’ingénieur et le pionnier des premières expérimentations, mais aussi le bâtisseur de la sécurité nucléaire française.
Vous avez contribué à doter notre pays non seulement de l’arme de dissuasion, mais aussi de la conscience et des moyens de la gérer avec prudence et responsabilité.
À travers ces épisodes, se dessine le portrait d’un homme qui a toujours placé le devoir et la sécurité de ses camarades au-dessus de tout. Votre rôle, cher Jean, ne fut pas seulement celui d’un ingénieur brillant ou d’un expert reconnu, mais aussi celui d’un veilleur, garant de la sûreté radiologique et de la protection des hommes sur le terrain.
Votre nomination à la tête du Service Mixte de Sécurité Radiologique illustre à quel point vos compétences et votre sens des responsabilités étaient unanimement reconnus. Vous incarniez cette alliance rare entre la rigueur scientifique et le courage de l’action.
De Reggane à Mururoa, en passant par Valduc, votre vie professionnelle a été jalonnée de missions qui ont marqué l’histoire de la dissuasion française. Mais derrière l’ingénieur et le pionnier, c’est aussi l’homme de valeurs que nous honorons aujourd’hui : un homme de fidélité, de loyauté et d’exigence.
Cher Jean, en retraçant votre parcours, nous rendons hommage à un témoin et acteur majeur de cette aventure nucléaire française, mais également à travers vous, à toute une génération de vétérans qui ont écrit, souvent dans l’ombre, une page décisive de notre histoire nationale.
Pour compléter la genèse de Gerboise Bleue, il nous était impossible de passer sous silence votre vécu de ces journées historiques.
Votre récit, que nous allons évoquer, est un témoignage exceptionnel d’une grande intensité. Il fait revivre, presque heure par heure, les 12 et 13 février 1960, et nous plonge au cœur de l’épopée de la Force de dissuasion française.
À travers vos mots, nous mesurons l’attente, les préparatifs minutieux, l’exigence de chaque geste, mais aussi la tension et l’émotion de l’instant. Nous voyons les équipes d’artificiers à l’ouvrage, le calme admirable de ceux qui manipulent des détonateurs d’une extrême sensibilité, la solidarité des camarades liés par une même mission, et enfin ce moment inoubliable où le ciel du Sahara s’embrase d’un éclat multicolore.
Vous étiez là, parmi les tout premiers, à la tour de tir, à Hamoudia, puis au cœur des missions de radioprotection, affrontant le danger invisible avec courage et rigueur. Votre rôle fut essentiel : garantir la sécurité des hommes et la collecte des données, au prix parfois d’une fatigue extrême et d’un engagement total.
Cette épreuve, vous l’avez vécue avec dignité, professionnalisme et fierté. Elle vous a valu deux lettres de félicitations, l’une du ministre des Armées, l’autre du Commissariat à l’Énergie Atomique.
Deux témoignages qui disent, chacun à leur manière, l’estime, la reconnaissance et la gratitude de la Nation.
Mais au-delà des honneurs et des mots, ce que nous retenons surtout, c’est l’image d’un homme qui a su incarner, dans ces heures décisives, la compétence, le courage et l’esprit d’équipe.
À travers vous, cher Jean, c’est toute une génération de vétérans que nous honorons aujourd’hui (ceux du Sahara comme ceux de Polynésie) qui ont servi la France dans l’ombre et écrit une page majeure de son histoire.
Je vous cite….
« -Mes Journées des 12 et 13 Février 1960 Gerboise Bleue
Reggane Tanezrouft, base vie.
Depuis plusieurs jours nous penelopons ; en attente d’une météo favorable.
Quelques allers et retours au labo souterrain nous occupent peu ou prou.
Tout est prêt.
On tourne en rond. Les PLO (Population Laborieuse des Oasis) fabriquent des flutes sahariennes avec des restes de tubes en cuivre. Ça marche ! Le son est presque joli au milieu du sable. !
12 février. L’équipe météo du plateau dans laquelle sont insérés deux météos CEA donne le feu vert à l’État-Major du Général AILLERET.
Branle-bas de combat ! On tire demain à l’aube 13 février 1960 ! L’engin qui n’est pas encore une arme opérationnelle est en plusieurs parties avec pour chacune une équipe.
Homme de la radioprotection, je suis pour l’heure auprès de l’équipe cœur.
Le cœur fabriqué (ce qui est une autre histoire) à Bruyères le châtel est soigneusement préparé pour son transport vers le champ de tir.
Il en est de même dans l’équipe des artificiers autour des explosifs élaborés à Vaujours.
Ma seconde mission est d’être avec cette équipe / explosifs lors de la mise en place au point zéro en haut des 100 mètres de la tour là ou va se situer l’engin assemblé.
La longue ligne droite saharienne vers la tour est avalée à la nuit tombante.
Nous y sommes.
Sous les ordres de Jean Viard polytechnicien Ingénieur des poudres futur Directeur de la DAM il s’agit pour les artificiers de mettre en place les détonateurs sur les explosifs complexes à ondes concentriques.
La sensibilité des détonateurs dits Tarbes est telle que chaque artificier est relié à la masse par une tresse destinée à évacuer la moindre charge électrostatique.
On souffle dessus et ils partent
Gens d’un calme admirable un à un les « détos » sont à leur place
Remarquable. Chapeau les gars. !
L’équipe des artificiers a accompli sa tâche et s’en va vers Hamoudia lieu du PC de tir à 20 km mis chemin entre la tour et la base vie.
Mais là-haut ce n’est pas terminé. Il convient de s’assurer que le mécanisme de rapprochement à distance des éléments de l’engin fonctionne parfaitement.
Nous restons à deux, Jacques LUTFALLA CEA X poudres et moi pour observer le bon déroulement de la télécommande de ce système de mise en place.
Bien que nous soyons préparés l’opération est évidemment Impressionnante !
Ainsi le premier engin nucléaire français est prêt pour être tiré. !!!
Alors nous pouvons quitter la tour de tir pour se retrouver au blockhaus M1 où se situe une partie importante du matériel de mesure des paramètres du tir afin d’organiser un mini convoi de retour nous aussi vers Hamoudia, avec l’équipe chargée des mesures de proximité (1 km)
Nous commençons à rouler vers Hamoudia après avoir verrouiller le blockhaus lorsque nous sommes arrêtés par un homme, BUSQUET Directeur des opérations, au travers de la route.
Demi-tour. Un électronicien rêveur ; est resté dans le blockhaus. !
La trouille de sa vie ?
Nous sommes à Hamoudia. Il fait encore nuit. Ambiance tendue mais confiante.
Tout près du Pc de tir dans lequel est le Général AILLERET.
Assis dans le sable avec mes amis de la DAM qui ont participé à cette mise en place, dos tourné à la future explosion, équipés, en attente, de masque (l’ANP51) , et en protection visuelle, de lunettes/masque anti flash nous attendons ! Le ciel est plein d’étoiles comme on ne le trouve qu’au Sahara ou sur le pont d’un voilier en pleine mer en été.
Le calme saharien est rompu. C’est le décompte sonore donné par notre collègue CEA /Vaujours .Michaux
10……………..5, 4,3,2,1,0 !
Le Général Ailleret appui sur le bouton. Il est 7h 04.
Extraordinaire……on se retourne. L’éclair …….le panache énorme, multicolore….une onde de chaleur qui nous traverse…puis…..L’onde de choc arrivé… décalée, Forte elle en surprend plus d’un, en fait même trébucher dans le sable
Quel ressenti !!
Dans sa chambre photo creusée dans la falaise face au tir le Professeur ROCARD, ce génie de la physique, va nous en donner quasi instantanément une valeur très approchée. Incroyable !
Nous nous congratulons chaleureusement. Fiers du tir. Fiers des mois de travail qui ont précédés à B3 –Vaujours –Limeil. En Physique Maths- Métallurgie- Chimie- Poudres….
Beaucoup regagnent la base vie sur le plateau de Reggan., secoués et….penseurs,
Quels engins seront les futures armes nucléaires ! Et Thermonucléaires. ?
Pour moi ce n’est pas terminé. J’ai une autre mission.
Je suis l’homme des mesures radioactives du véhicule étanche dirigé par le Directeur des Essais M KAUFMAN qui doit aller récupérer dans les blockhaus les mesures enregistrées sur appareils.
Le jour venant nous embarquons dans ce véhicule haut sur pattes spécial sable.
Nous sommes une petite équipe : le directeur des essais, des techniciens chargés du
relevé des mesures du tir, un chauffeur et moi.
Nous avançons prudemment vers le blockhaus M 8.
Mes mesures de la radioactivité du terrain à travers le sol du véhicule ont tendance à
croitre en intensité.
Nous continuons à rouler et je mesure en continu.
Assez brutalement la radioactivité du terrain augmente.
Pas le choix.
Il faut faire demi-tour immédiatement. Sans commentaire.
Nous sommes tombés sur les bords du pinceau de retombées du nuage.
Déçus, retour à Hamoudia. Il faut attende la décroissance des pf à vie courte pour retourner vers les mesures du tir. Ce ne sera pas moi. J’ai physiquement mon compte !
Pour moi la partie opérationnelle des missions prévues est terminée pour l’instant.
Je repars, un peu groggy- fatigué, debout pratiquement depuis deux jours, dans une deux chevaux saharienne piloté par Michel RAPIN CEA Centrale, métallurgiste, un des hommes du cœur. Aussi groggy que moi. (Une brique de plomb sur l’accélérateur………..chut !
Nous nous tenons mutuellement éveillés çà crée des liens (Nous avons livré ensemble le 1er Cœur opérationnel sur la base de Mt de Marsan)
Dernière côte vers le plateau et …Court repos avec la clim.
Puis Bordj Estienne …..à quelques-uns…… En Jeep : Animal très rare et réservé.
Obtenu…. Comment ? c’est aussi une autre petite histoire «amusante »
Cher Jean,
Comme je l’ai indiqué précédemment ce parcours dans le désert vous vaudra deux lettres dé félicitations. Tout d’abord celle émanant du ministère des Armées dans laquelle il est écrit :
S’est particulièrement distingué et organisant et assurant avec succès la protection radiologique des personnels appelés à manipuler le plutonium, et ceci depuis les premiers travaux d’études jusqu’à la mise en place définitive de l’engin.
Puis celle du Commissariat à l’Énergie Atomique
Le Directeur des Applications Militaires est heureux de joindre aux félicitations du Ministre, les siennes propres ; elles ont moins de prix, sans doute, mais elles sont aussi un sincère et reconnaissant « MERCI » pour la part que vous avez prises au grand succès commun.
« Avec tout notre respect, nous saluons aujourd’hui, à travers vous, Cher Jean, l’engagement, le courage et la mémoire vivante de tous les vétérans des essais
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