DEVOIR DE MÉMOIRE/ RÉGION AUVERGNE/RHÔNE-ALPES : UGINE (SAVOIE) LUNDI 05 JUIN 2023. LE PRÉSIDENT NATIONAL, ROLAND PICAUD, DU M.N.V.E.N CONVIÉ À LA CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE EN HOMMAGE AUX 28 CIVILS INNOCENTS FUSILLÉS AUX FONTAINES PAR L’UNITÉ DU 19ÈME RÉGIMENT SS POLIZEI.
Hommage à Ugine aux 28 civils fusillés par les nazis le 5 juin 1944
Comme chaque année, populations, élus et associations patriotiques se sont recueillis devant la stèle qui rend hommage aux 28 innocents qui ont été lâchement assassinés par l’occupant nazi le lundi 5 juin 2023.
Pour cette journée du souvenir le Maire de la ville, Monsieur Franck LOMBARD, 1er Vice-Président du Conseil Départemental de la Savoie a convié le Président National, Roland PICAUD à prendre part à la cérémonie commémorative en hommage aux 28 civils innocents fusillés aux Fontaines et à se joindre aux autorités municipales des villes touchées par ce drame
BARONI François
CALVI Emile
CAPELLI Angelo
CHAILI Arescki
CONVERS Albert
COUTAZ Auguste
CRISTINA Rinaldo
DE GHEKOFF Wladimir
DEVAL Vittorio
GENEVE Pierre
GOLLIET MERCIER Adolphe
JUNOD Marius
KADOURI Rabah
KOGUT Ludovic
KUBICKI Pierre
LOSSERAND-MADOUX Marcel
MANIGLIER Gaston
MARTINATO René
OLIVETTI René (Celestino)
PANDOLFI Giovanni
PANDOLFI Pierre
PERRIER Armand
PIERCZONCA Tomatz
REGAZZONI Louis
REGAZZONI Rino
ROUSSET André
TRAPLETTI Josué
WESOLOWIZ Joseph
79 ans après ce drame qui a fait des victimes d’Ugine, de Faverges, Marlens, Donsard, Marthod et Albertville, ce fut une cérémonie d’une intense émotion. Ce recueillement rappelait l’acte barbare.
Le Maître de cérémonie Gérard RUFFIER-MONET Adjoint au maire et Vice-Président National de l’U.F.A.C, Président des Anciens Combattants d’Ugine a dans sa déclamation fait revivre cette tragédie.
FOCUS SUR LE DÉPÔT DES GERBES PAR
- M. Franck LOMBARD, Maire d’Ugine
- M. Jacques DALEX, Maire de Faverges-Seythenex
- M. Sébastien SCHERMA, Maire de Val de Chaise
DISCOURS
DU
VICE-PRÉSIDENT NATIONAL DE L'U.F.A.C,
PRÉSIDENT DES ANCIENS COMBATTANTS D'UGINE, GÉRARD RUFFIER-MONET
- Mesdames et Messieurs les élus,
- Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques,
- Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
- Mesdames et Messieurs en vos fonctions, grades et qualités,
- Mesdames, Messieurs,
05 juin 1944 – 05 juin 2023 ; 79 ans après l’évènement tragique qui nous rassemble aujourd’hui, et comme chaque année, nous nous recueillons devant cette stèle dédiée aux 28 innocents qui ont été lâchement assassinés par l’occupant nazi, ici même et à proximité de l’ancienne gare.
Ce lundi 5 juin 1944 était une journée de fin de printemps qui devait être une journée ordinaire d’occupation ennemie pour la population locale ou pour les gens des environs qui venaient à Ugine pour y travailler ou rendre visite à leurs proche, elle s’est transformée en tragédie. Nous étions à la veille du débarquement des troupes Alliées sur les côtes normandes. L’opération « Overlord » (Suzerain en anglais), d’une ampleur sans précédent en moyen humains et matériels, se préparait à entrer en action pour la nuit suivante, entre le 05 et le 06 juin.
Cette attaque annonçait le début de la libération de notre pays et de l’Europe tout entière.
Ces combats dureront encore jusqu’au 08 mai 1945, jour de la capitulation allemande.
Les groupes de résistants étaient très actifs dans le secteur uginois et harcelaient l’ennemi sans relâche. Les sabotages au sein même de l’aciérie ou contre ses systèmes d’alimentations en eaux ou électricité étaient fréquents. Une grande part de l’acier produit servait directement aux Allemands et ces actions de sabotage étaient destinées à en freiner la fabrication. Le 3 mai 44, trois sabotages sont programmés sur ordre du Capitaine BULLE, évitant ainsi le bombardement d’Ugine prévu le 4 mai par la Royal Air Force.
Les 3 cibles étaient : la centrale à charbon, le four de l’ancienne aciérie et l’alimentation électrique entrainant l’arrêt de l’aciérie, du laminoir, des forges et d’autres ateliers.
Régulièrement les actions de l’Armée secrète furent facilitées par le personnel de l’usine, la population et même les gendarmes locaux. L’Armée secrète était structurée et entretenait des relations suivies avec ses voisins de Faverges.
Dès 1941, Jean Carquex, alias Millot, organise la résistance dans le canton de Faverges. Il recrute une centaine de sédentaires prêts à prendre les armes. En plus des réfractaires du canton, beaucoup d’autres de toutes origines et de toutes tendances politiques ou religieuses forment les maquis désordonnés, c’est ainsi que les chalets des montagnes environnantes se garnissent d’ouvriers agricoles d’une nature nouvelle.
Le ravitaillement de ces hommes est assuré principalement par les boulangers du pays et avec l’accord tacite de certains maires comme Léon Poencier de l’Armée secrète de Faverges, maire de Seythenex. Un parachutage à Bellecombe en Bauges fournira les armes à cette force groupée.
Beaucoup de ces volontaires avaient oublié de rendre leurs armes lors de leur démobilisation. Ce sera le premier armement de l’Armée secrète. Carquex abritera la radio et la mission « Musc » arrivée d’Angleterre le 09 septembre 1943. Il se rendra régulièrement à Ugine pour des réunions avec l’Armée secrète locale, ces réunions se déroulaient aux Fontaines la nuit chez une famille commerçante très connue des Uginois.
En ce début du mois de juin 1944 l’armée allemande est aux aboies ; le 2 juin c’est la prise de Rome par les Alliés après la victoire de Monte-Cassino, le 3 juin le C.F.L.N (Comité Français de la Libération Nationale) créé à Alger un an auparavant, jour pour jour, devient le gouvernement provisoire de la République Française ; De Gaulle en est le chef. Le 6 juin, le débarquement en Normandie des Forces alliées et la Résistance intérieure qui développe la guérilla sur tout le territoire annoncent le vent de la libération du pays.
La commune d’Ugine a été citée à l’ordre du régiment avec attribution de la Croix de Guerre 1939/1945, le 11 novembre 1948 par le Secrétaire d’Etat aux Forces Armées de l’époque, Mr Max LEJEUNE, avec les précisions suivantes : « Cité qui a apporté à la Résistance une aide magnifique en lui fournissant des combattants d’élites et en soutenant par tous les moyens les mouvements clandestins.
A chèrement payé sa lourde contribution à la Libération Nationale.
Le sacrifice de ses 62 fils fusillés, tués au combat ou morts en déportation, atteste avec forces les exceptionnels services que cette héroïque commune a rendu à la Patrie »
L’acte barbare qui s’est déroulé en ces lieux le 5 juin 1944 a fait suite à l’action menée par les maquisards FTP, peu après 08h15 du matin, sur le chemin menant au terrain d’exercice au tir derrière la gare. Au moment où arrivait une compagnie allemande, une mine commandée à distance tuait 12 soldats dont certains Alsaciens engagés de force dans la Wehrmacht et fit également 20 blessés.
En cette fin de printemps 1944, la ville d’Ugine est depuis longtemps occupée par un détachement ennemi, logé dans l’école maternelle de la Nouvelle avenue, rebaptisée avenue André PRINGOLLIET par la suite. Ce détachement dépend du 1 er Bataillon de la 19 ème SS – Polizei – Régiment assigné dans la région d’Annecy.
Les représailles ne se sont pas fait attendre : le capitaine Helmut SCHULTZ, chef du 19 ème bataillon d’Annecy ordonnait au lieutenant Otto RASSI l’arrestation immédiate de civils, pris au hasard, et donna l’ordre aux adjudants chef SZABADOS et OFMAYER, de les abattre sur le champ. Le capitaine SCHULTZ refusait aux familles le droit d’assister aux funérailles. C’est lui encore qui, pour l’exemple, ordonna que les corps devraient rester exposés jusqu’au soir sur le lieu même des exécutions.
Les deux plus jeunes avaient 17 ans, Rino REGAZZONI de Marlens ainsi qu’Albert CONVERS originaire d’Annecy, le plus âgé avait 68 ans, Victor DEVAL d’Ugine.
Le bilan fût très lourd : 19 fusillés derrière la gare et 9 ici même au carrefour.
Ils étaient Français, Polonais, Algériens, Italiens ou Russes, ils ont été pris au hasard, les nazis sans discernement arrêtaient des voyageurs descendant d’un car au carrefour, venant rendre visite à leurs proches. Venant de Haute-Savoie, des bûcherons qui passaient dans leur camion gazogène pour se rendre à leur travail dans les bois, entre Ugine et Marthod furent également stoppés.
Tragique destinée qui s’est abattue sur un des occupants de ce camion de bûcherons en la personne de François BARONI de Serraval. François BARONI était en fait un agent de l’Armée secrète avec le grade de sergent basé à la caserne Vitriolerie de Lyon et qui avait été détaché au maquis de Faverges. Il avait reçu comme mission de transmettre un message sur les mouvements des Allemands à un groupe de maquisards sur la commune de Marthod. Il avait profité de cette couverture et était monté dans ce camion de bûcherons. Il n’arriva jamais à destination pour la raison que l’on connaît. Membre des F.F.I, Forces Françaises de l’Intérieur, il lui a été décerné, à titre posthume, la Médaille militaire, la Croix de guerre avec palme et la Médaille de laRésistance. Le décret d’attribution, en date du 14 janvier 1961, a été signé par le général de GAULLE.
Ces 28 innocents ignoraient tout de ce qui s’était passé avant de tomber dans les griffes de ces barbares, là où il ne fallait pas être ce lundi matin 5 juin 1944, à cet endroit précis.
Le dynamitage du quartier des Corrues s’en est suivi le 06 juin, jetant les 120 familles occupantes à la rue. Les 3 grands bâtiments de l’usine sont entièrement détruits, c’était pour les Allemands un nid de terroristes, les maisons MOLLIER et TROCCAZ proches de l’école Pringolliet qui était le quartier général des allemands furent incendiées, les maisons BRUNERO et DAVIET furent fortement endommagées.
Ce 79 ème anniversaire nous donne l’occasion de transmettre la mémoire de ces exactions aux jeunes générations. Nous pensons particulièrement à tous les descendants de ces martyrs, présents ou empêchés aujourd’hui.
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