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PAGE D’HISTOIRE ET DEVOIR DE MÉMOIRE : ALDÉBARAN

2 Juillet 2026 , Rédigé par amndvden

PAGE D’HISTOIRE ET DEVOIR DE MÉMOIRE : ALDÉBARAN
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2 juillet 1966 – 2 juillet 2026

60 ans d’Aldébaran : le jour où la France fit entrer sa Force de dissuasion nucléaire dans le Pacifique

PAGE D’HISTOIRE ET DEVOIR DE MÉMOIRE : ALDÉBARAN

Il est exactement 5 h 34, le samedi 2 juillet 1966. Au-dessus du lagon de Mururoa, dans le secteur « Dindon », une lumière d’une intensité inimaginable déchire la nuit polynésienne. En une fraction de seconde, l’obscurité devient plein jour. Une boule de feu gigantesque s’élève dans le ciel avant de laisser place au célèbre champignon atomique.

La première bombe atomique française expérimentée en Polynésie française vient d’exploser.

Son nom est Aldébaran, l’étoile la plus brillante de la constellation du Taureau.

Sa puissance est de 28 kilotonnes, soit près de deux fois celle de la bombe larguée sur Hiroshima.

Soixante ans plus tard, cette date demeure l’une des plus importantes de l’histoire de la Défense française et de la stratégie de dissuasion nucléaire nationale.

Mais derrière cet événement historique se trouvent aussi des milliers d’hommes et de femmes dont l’engagement reste encore trop souvent méconnu.

Aujourd’hui, le devoir de mémoire leur rend hommage.

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Le premier essai nucléaire atmosphérique français en Polynésie

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Après dix-sept essais réalisés dans le Sahara algérien, la France inaugure le 2 juillet 1966 une nouvelle étape de son programme nucléaire en Polynésie française.

L’engin nucléaire est installé sur une barge, à une dizaine de mètres au-dessus des eaux du lagon de Mururoa.

À 5 h 34, le compte à rebours s’achève.

« Quatre… Trois… Deux… Un… Feu ! »

Quelques secondes plus tard, un éclair aveuglant illumine l’ensemble du Pacifique alentour.

L’essai Aldébaran marque officiellement le début de la campagne d’expérimentations nucléaires françaises en Polynésie.

Entre 1966 et 1974, quarante-cinq autres essais atmosphériques seront réalisés avant que les expérimentations ne deviennent souterraines à partir de 1975.

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L’histoire officielle évoque souvent les chiffres, les puissances de tir ou les enjeux stratégiques.

Elle parle beaucoup moins des milliers de marins qui furent les témoins directs de cet instant historique.

Autour de Mururoa évolue alors la Force Alfa, impressionnante flotte française mobilisée pour assurer la sécurité des opérations.

Près de 5 000 hommes sont engagés.

Autour du porte-avions Foch naviguent notamment le croiseur de commandement De Grasse, des escorteurs d’escadre, bâtiments de débarquement, navires logistiques et unités de soutien.

À bord, chacun connaît l’importance exceptionnelle de la mission.

À 5 h 33, l’alerte nucléaire est déclenchée.

Les équipages portent leurs lunettes de protection.

Le silence règne.

La tension est palpable.

Les silhouettes sombres des bâtiments apparaissent à peine dans la nuit.

Puis le haut-parleur retentit.

« H moins une minute… »

Les secondes semblent interminables.

Enfin…

« FEU ! »

L’éclair nucléaire illumine instantanément toute la flotte.

La chaleur est ressentie jusque sur les ponts.

Des marins restent figés.

FILM À DÉCOUVRIR : IL Y A 60 ANS À MURUROA (POLYNÉSIE FRANÇAISE), LEVER DE RIDEAU LE 02 JUILLET 1966 À 05 H34 SUR LES CAMPAGNES D'ESSAIS NUCLÉAIRES AU CENTRE D'EXPÉRIMENTATION DU PACIFIQUE À MURUROA AVEC ALDÉBARAN 18ÈME ESSAI NUCLÉAIRE FRANÇAIS.

 

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D’autres laissent échapper spontanément :

« Mon Dieu… »

ou encore

« Qu’est-ce que c’est beau… »

Quelques instants plus tard apparaît l’immense sphère de vapeur qui laisse place à la boule de feu montant lentement dans le ciel.

Puis, environ quarante secondes après l’explosion, un grondement colossal traverse l’immensité du Pacifique.

Pour tous ceux qui étaient présents cette nuit-là, ce souvenir restera gravé pour toujours.

Une opération hors normes

L’essai Aldébaran ne mobilise pas uniquement les forces armées.

À bord du De Grasse, l’amiral Lorrain dirige les opérations aux côtés des responsables scientifiques du Commissariat à l’énergie atomique.

Des responsables politiques polynésiens assistent également à l’événement depuis le porte-avions Foch.

Quelques heures après l’explosion, ils peuvent rejoindre le poste de commandement « Anémone », situé à une vingtaine de kilomètres du point zéro.

À plus de 400 kilomètres, jusque dans l’archipel des Gambier, les habitants aperçoivent le formidable éclair.

Le bruit de l’explosion ne leur parvient que vingt-quatre minutes plus tard, rappelant l’immensité des distances dans le Pacifique.

Aucun journaliste n’est alors présent sur zone.

Les véritables témoins demeurent donc ceux qui ont vécu ces instants exceptionnels.

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La dissuasion nucléaire : un choix stratégique majeur

Pour le général Charles de Gaulle, cette réussite dépasse largement le seul exploit scientifique ou militaire.

Ayant connu les deux conflits mondiaux, il est convaincu qu’une nation indépendante doit être capable d’assurer elle-même sa défense.

La doctrine française repose alors sur une idée simple :

dissuader toute agression en rendant son coût inacceptable pour un éventuel adversaire.

Cette vision donnera naissance à la Force de dissuasion nucléaire française, qui demeure aujourd’hui encore l’un des piliers de la stratégie de défense nationale.

L’essai Aldébaran constitue ainsi une étape décisive dans la construction de cette capacité souveraine.

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Derrière l’Histoire, des milliers de serviteurs de la Nation

Lorsque l’on évoque les essais nucléaires français, les regards se tournent souvent vers les décisions politiques, les enjeux géopolitiques ou les débats historiques.

Pourtant, une autre histoire mérite d’être racontée.

Celle des officiers, des sous-officiers, des quartiers-maîtres, des matelots, des appelés du contingent, des ingénieurs, des techniciens, des scientifiques, des personnels civils du Commissariat à l’énergie atomique, des ouvriers, des personnels de santé, des mécaniciens, des logisticiens et de tous ceux qui ont servi en Polynésie française.

Tous ont accompli leur mission avec professionnalisme, discipline et sens du devoir, souvent loin de leurs familles, dans des conditions exigeantes, avec les connaissances scientifiques et les procédures de sécurité de leur époque.

Leur engagement a contribué à construire une capacité stratégique qui participe, depuis six décennies, à la protection des intérêts vitaux de la France.

Beaucoup sont aujourd’hui disparus.

D’autres portent encore en eux le souvenir de ces années exceptionnelles.

Tous méritent le respect de la Nation.

Un devoir de mémoire

En ce 60ᵉ anniversaire d’Aldébaran, le Mémorial National des Vétérans des Essais Nucléaires rappelle que derrière chaque date historique se trouvent des visages, des parcours de vie, des familles et des engagements.

Le devoir de mémoire consiste à transmettre cette histoire dans toute sa complexité, avec rigueur, respect et humanité.

Il consiste également à reconnaître le courage et le dévouement de celles et ceux qui ont participé à cette aventure scientifique, technique et militaire hors du commun.

Soixante ans après cette aurore du 2 juillet 1966, l’éclair d’Aldébaran appartient désormais à l’Histoire.

Mais le souvenir des milliers de militaires et de personnels civils qui ont servi la France en Polynésie française continue, lui, d’habiter notre mémoire collective.

Parce qu’une Nation qui se souvient est une Nation qui honore ses serviteurs.

À tous les vétérans des essais nucléaires français, aux militaires des trois armées, aux appelés du contingent, aux personnels civils, aux scientifiques, aux ingénieurs, aux techniciens et à leurs familles, la France doit aujourd’hui reconnaissance, respect et mémoire.

Ne jamais oublier.

 

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